Archives mensuelles : avril 2016

Mauritanie, m’aura-t-on dit

Visa en poche, direction Nouadhibou, mon premier contact avec les Mauritaniens est le poste de police qui me contrôle tout en m’offrant une baguette beurrée, un verre de thé et un matelas à l’ombre. Welcome in Mauritania. Je retrouve un contact récolté d’un auto-stoppeur Portugais, aux abords de Dakhla. Il travaille à la banque et semble très occupé aujourd’hui, je m’éclipse numéro en poche. Petit tour à Cansado après m’être aperçu que mon appareil photo re-fonctionnait comme par magie lorsque le réparateur le mit en marche… La ville s’articule autour de l’avenue principale et son goudron se mue rapidement en rue de sable dès qu’on s’en écarte. Les façades de boutiques exhibent des couleurs chatoyantes qui encadrent les allés et venus de voitures, calèches, brebis, mobylettes et piétons.

Retour au centre, mon contact reste injoignable, la nuit prend la ville, je rencontre alors Djibril, un Morito-Sénégalais (non ce n’est pas le nom d’un cocktail car l’alcool est interdit ici ) il me propose de venir chez lui, j’accepte et le suis ! Il habite 2ème robinet, les noms de quartier sont des robinets, référence à l’accès à l’eau qui fut réparti par quartier, jadis. Djibril ne travaille pas et dors dans un studio partagé avec une poignée d’amis. Sa famille habite à 10 mètres et c’est chez eux que je suis invité à prendre les repas du soir et du midi comme à l’accoutumée pour Djibril. Inallah, cousin de Nasserdine, nous prépare le thé, ici la mousse est au thé ce que le temps est à la patience. Nasserdine c’est le travailleur de la bande qui bosse à la Snim à des horaires pas possibles, souvent de nuit et plusieurs jours d’affilés. La Snim représente presque la moitié de l’économie Mauritanienne, extraction de minerai, acheminement par train de l’intérieur du pays jusqu’au port de Nouhadibou pour exporter le tout. Nasserdine arrose, selon la tradition, la famille et la « famille étendue », « ici c’est comme ça » si tu gagnes de l’argent, tu donnes, enfin on te réclame quoi… Dur d’économiser pour monter un business car si on découvre que tu ne donnes pas tout, c’est très mal vu. Nasserdine originaire de Nouakchott est spécialement monté à Nouadhibou pour bosser. La télé et ses séries américaines sont le quotidien de la bande, on s’endort la télé allumée pour se réveiller et prendre le petit dèj, pain avec beurre et café lyophilisé au lait concentré, coupé à l’eau et enrichi fortement en sucre, accompagné du thé. Un verre par personne par service et trois services en tout, le premier thé est le « Brad Lowel » le second, le « Brad Lostani » et le dernier le « Brad Tela ». Mes nouveaux amis, avides de séries Américaines, au point de s’endormir au doux son de films policiers et de publicités vantant des produits qu’ils ne connaitront probablement jamais, souhaitent me garder chez eux où je peux rester « le temps que je veux ». J’ai un train à prendre et mon pneu est maintenant rafistolé.

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A quelle heure part le train pour Choum ? 15H00 ! Informé de la déformation temporelle sévissant dans ce coin du globe, je me rends à la « Gare » vers 15h30 sans trop me presser pour un départ à 20h00, « très en retard aujourd’hui, d’habitude il arrive à 18h30 ou 19h00 » , à comprendre « quand il est normalement en retard » . L’heure, je m’en fous un peu, de toute façon on va voyager de nuit pendant douze heures minimum, le seul petit coup de pression c’est que j’ai sur les bras un vélo et des sacoches et justement pas assez de bras pour tout porter en même temps et de nuit… ah le fameux train de la Snim, possédant deux « wagons » voyageurs suivis de centaines de bacs de minerai, déferlant dans la poussière et le sable! A peine arrêté, les Mauritaniens massés devant les rails commencent à courir dans tous les sens, les plus légers grimpent en marche. Poussée furtive d’adrénaline, un Mauritanien qui m’a vendu ces services et porte mon vélo, entame un sprint à droite puis à gauche, le train s’immobilise et il y a déjà une vingtaine de personne s’agrippant à l’entrée. Les futurs passagers, se marchent presque dessus mais s’aident, paradoxalement, à monter les bagages d’autrui, une fois dans le train, en d’autres termes, chacun pour soi sur le quai et solidarité pour tous une fois embarqués ! En tous cas ça marche, je file mes sacoches à une main qui dépasse de la grappe de corps escaladant le marche pied d’un autre âge. Je récupère le vélo tant bien que mal, il termine finalement avec mes sacoches, dans un compartiment, à l’entrée, à côté des chiottes, simple trou dans une taule où le jeu consiste à viser juste dans ce rodéo ferroviaire, beaucoup de prétendants mais peu de vainqueurs… Installé sur un banc en bois, dans l’obscurité tempérée de réchauds qui commencent à s’illuminer, entre deux fenêtres béantes, le foulard sur le nez, le train reste là cinq minutes. Je ne comprends pas la sur agitation des passagers à l’embarquement, peut-être le train ne s’arrête pas longtemps, lorsqu’il est en retard ou simplement, la rumeur, comme quoi, le train n’attend pas que tout le monde embarque pour repartir, n’est qu’une légende pour vendre ses services de portage au touriste que je suis… Je parie plutôt sur le dicton : « premier arrivé, premier servi » car le wagon s’organise en plusieurs strates, le sol en taule est jonché de bâches installées par les voyageurs, assis et allongés dessus, eux même recouverts d’épaisses couvertures, voici l’endroit tant convoité, on peut s’y allonger pour la nuit, à l’abri du vent, chargé de milles particules s’engouffrant frénétiquement dans le wagon – qui ne possède guère de vitres – sans risquer de tomber plus bas lors des secousses les plus violentes. Le désintérêt des personnes pour les bancs, me laisse le loisir de pouvoir m’allonger au milieu de la nuit sur l’un d’entre eux, dormir serait un grand mot. Littéralement dans un vaisseau spatial ou encore une de ces attractions cinéma 3D du Futuroscope avec siège motorisé, la poussière en plus, la lumière, la ceinture et le rembourrage de l’assisse en moins! Le charme n’est pas dans le confort, j’en conviens, le maître du réchaud fait tourner les verres de thé à tous les passagers alentours, l’art de passer le temps en suivant des yeux ce ballet incessant d’une vingtaine de verres de thé distribués de main en main, allée plein et retour vide. Mon tour viendra et s’en suit une conversation avec le maître du thé, qui s’improvise professeur religieux et essaie de me rallier à sa foi Musulmane à coup de récitations de prières. Ici en Mauritanie, « République Islamique », la question de la religion est dans toutes les bouches lors de mes rencontres. Les propos vont des plus modérés, aux croyances moyenâgeuses telles que « Si tu n’es pas Musulman, ta peau va bruler en enfer et cicatriser et bruler et cicatriser pour l’éternité ». Je frissonne que de telles prédictions soient prises au premier degré et suffisent à justifier une foi, qui pour moi devrait être plus profonde et basée sur de justes valeurs dont l’Islam de manque pourtant pas.

Après avoir difficilement coupé court à ce dialogue devenant un monologue subi et rébarbatif, ceci aidé d’un jeune qui traduisait mon Français en Hassania (Langue parlée en Mauritanie), je sympathise avec ce dernier, en route pour passer un concours à Atar. Il va tenter de rentrer dans la gendarmerie nationale, une centaine de places pour des milliers de jeunes affluant de toute la Mauritanie afin de décrocher ce sésame.

Je gagne mon banc en enjambant les endormis de la taule et me couche, attendant l’aube, annonciatrice d’une arrivée proche.

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Le soleil se lève sur un horizon laiteux, dentelé de pics rocheux noirs, çà et là, émergeant du sable. Le train ralentit à mesure que le crissement aiguise nos oreilles et JBIM ! Arrêt brusque, qui sera, pour moi, le dernier soubresaut de ce monstre de fer : Choum ! Descente à l’aide de mon pote, un petit s’approche avec du pain fumant sur un plateau. Je crois rêver, je n’espérais pas pareil providence et le moelleux tiède de cette première bouchée efface ma nuit blanche. Ravitaillement pain OK, Ravitaillement au puits OK. Je salue les quelques passagers attendant les pickups ralliant ce village, de quelques âmes, au goudron ! Pour les passagers descendant ici, le trajet n’est pas fini. Choum n’existe que par le passage du train de la Snim dans ce désert, il n’y a aucune route y menant (une route est en construction néanmoins) Il faut tout de même faire 60 bons kilomètres en slalomant sur des pistes innombrables dont les traces disparaissent parfois, laissant place à la marche nonchalante des dromadaires imprimant leurs pas dans un sable immaculé. Direction plein sud, je pénètre dans ce désert en laissant derrière moi ces quelques baraquements endormis. Étendue de sable jaune pâle en face, à bâbord montagnes noires de l’Adrar à flan ocre orangé, pistes entre pierres aux teintes bleutées et roses, adoucies par le soleil et arbustes épineux sur un tapis de touffes d’herbes sèches. Quelques nomades font le plein d’eau pour leurs bêtes et un gardien m’indique une direction pour faciliter ma route. Je me perds tout de même et m’ensable mais ne tarde pas à voir des tractopelles au loin et pousse ma bourrique vers ce signe de vie humaine. Je traverse la route en construction, un gardien fait la sieste entre les deux machines, « Prends cette route en construction et quand cela contourne, passes à gauche » Il y a des gardiens assez fréquemment sur cette route et je décide d’accepter un thé à l’ombre d’un arbuste avec l’un d’entre eux. Je passerai finalement la nuit à l’abri du vent à côté de sa tente. Plus que 20 kilomètres de pistes. Comme souvent, la beauté est proportionnelle à la difficulté de la route, on ne peut toucher des yeux la nature brute qu’en sillonnant les espaces dont l’accessibilité se fait respecter, demande temps et patience. Dépistage en bonne et due forme, je retrouve le goudron et la route noire qui coupe le désert en deux.

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Après quelques cols, je retrouve la vallée jusqu’à Atar.

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Deux jours par piste et sable ondulé vent de face pour me retrouver à Chinguetti et rester un temps dans la vieille ville, avec mon ami Günter, un allemand, producteur de musique Africaine.

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Dernière ligne droite avant la fin du visa de Chinguetti à Atar puis Akjoujd et enfin Nouakchott avec l’Harmattan étouffant, une chaleur hallucinante en plein désert et la fraicheur retrouvée sur la côte grâce au vent du Nord, j’ai presque froid.

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est en cours de montage
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Je suis accueilli quelques jours dans la famille de Nasserdine. C’est le QG d’IRA ( Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste ), un groupe d’activistes anti esclavagiste et politiquement organisé, considérés comme des terroristes par l’état Mauritanien. Leur leader, Biram Dah Abeid est en prison et avait fait 8% de suffrage aux dernières élections. Il existe dans le pays encore 150 000 esclaves à l’heure actuelle. Une interview est en cours de montage…

Pour un premier éclairage voir ce documentaire sur la question : « Chasseurs d’esclaves »

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Je descends au Sénégal par Diama et son parc naturel plein d’animaux sauvages, ça y est je suis en Afrique Subsaharienne…

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Nengadef’ Sénégal !

La suite en Images et Vidéos…

Parcours Mauritanie