Archives mensuelles : juillet 2016

Ziguinchor Bamako, exode vers la canicule

Je retrouve Yves qui attendait un cyclo de passage à Dakar pour prendre le train en marche. Suite à la fermeture de la frontière entre la Gambie et le Sénégal et afin de rouler tout de même en Casamance, nous prenons le bateau Dakar-Ziguichor, 2 semaines à attendre car tout est complet.

Nous prenons enfin ce bateau, digne d’une ligne Européenne, voyage de nuit et arrivée en fin de matinée avec quelques dauphins qui sautillent autour du bateau et nous accompagnent dans la mangrove du fleuve Casamance. Arrivée à Ziguinchor, plein de Francs Cfa, car il n’y a plus de distributeurs avant un bon moment. Flute et re-flute : le guichet automatique est hors réseau. Patience, un employé arrive et débloque la situation !

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Hop en route ! Tiens un poste de contrôle à 25 km de Ziguinchor, on nous arrête et nous demande d’aller au guichet, on suit les Sénégalais qui montrent leurs cartes d’identité et passent, voila mon tour, je montre mon passeport et Paf ! Un gros tampon « SORTIE » … Je sors et me rends compte que nous sommes à la frontière avec la Guinée Bissau… Oups, c’est pas là qu’on veut aller… Marche arrière, Zut Yves s’est fait aussi tamponner le passeport… Trop tard, nous venons de franchir une frontière sans s’en apercevoir… La fine équipe…On explique notre cas, qu’on à pas de visa pour la Guinée Bissau et qu’on veut re-rentrer au Sénégal… Inspection de nos passeports par le douanier. il repère qu’Yves est resté plus de 3 mois au Sénégal ( 3 mois et une semaine ) ce qui n’est pas autorisé… Il tente de faire jouer la montre et met la pression pour espérer un petit billet avant de mettre son tampon d’entrée. Or Yves est en règle puisqu’il a obtenu le tampon de sortie sans problème. Il ne peut rien faire sauf nous mettre le tampon et s’exécute au bout de 10 minutes seulement !
Ouf, retour sur nos pas et surprise ! Nous rencontrons Pierre Paul Cayet et sa « poussette » , le Canadien qui marche depuis 6 ans déjà, j’en entends parler depuis le Sahara et je le croise enfin ! Il se rend en Afrique du Sud également, par la côte. Il fait mieux que nous, il veut passer la frontière sans visa… Ce qu’il à apparemment réussit à faire en Gambie, après quoi il s’est fait arrêter et soupçonné d’être un espion, puis relâché avec des excuses! Je lui donne tout de même l’adresse de l’ambassade de Guinée Bissau de Ziguinchor, qu’il accepte au cas où…

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Posage à quelques kms de Ziguichor, nous sommes sur les bons rails. Nous évoluons entre les arbres géants et nos pauses à l’ombre des feuillages de cajous et manguiers se transforment en sauna frugivore.
Les pommes de cajou laisse un arrière gout âpre après une explosion de saveurs tropicales, nous poussons notre consommation jusqu’à être brulés aux commissures des lèvres et à la gorge. Difficile de s’allonger dans cette fournaise sans suer de tout son corps, nous guettons avec délectation le moindre souffle d’air rafraichissant. En selle, notre mouvement créer un courant d’air qui fait supporter la chaleur, mais dès que nous posons pied à terre, c’est la liquéfaction totale ! Pour Yves c’est vraiment l’épreuve du feu pour commencer son voyage en vélo, il boit parfois 10 litres d’eau par jour. Le plus dur mentalement est de se dire que nous nous éloignons chaque jour un peu plus de la côte et allons vers des régions encore plus caniculaire à cette période de l’année ( Mai ).

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La route principale en Casamance, co-financée par les Américains, est très bonne. Entre les grandes villes, plein de petits villages, souvent collés les uns aux autres, semblent tout juste sortir de terre. Toujours le même constat, les hommes sous les manguiers ou toits de paille, les femmes au puit ou au cours d’eau pour faire la vaisselle et la lessive, certains tentent tout de même de créer des jardins car cette période de fin de saison sèche qui correspond à la « récolte » des mangues et des cajous est suivie par une période de rationnement pendant l’hivernage ou l’on compte sur la pluie pendant 3 mois afin de faire pousser riz, mil, maïs et sorgho. Certains font un alcool avec les pommes de cajous, ils laissent fermenter les fruits en tas, puis les pressent. Cette boisson ne nous aura pas convaincu, aigre et acide elle ne nous rafraichie guère et n’égale pas le plaisir de croquer dans la pomme juteuse de cajou.

Nous atteignons Kolda, deuxième ville de la région, en plein cagnard nous faisons ce que nous devons faire et sortons de cette ville chaotique avec beignets et bananes en sacoche !

Nos contacts avec la population sont restreints, à bout de forces, nous préférons profiter des pauses pour nous reposer sans avoir à tenir une conversation. Nous commençons, tout de même, petit à petit à apprendre quelques mots Peuls, qui sont majoritaires dans cette région.

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Quelques kilomètres avant de nous trouver un coin pour la nuit nous croisons une Américaine en vélo, PeaceCorp dans un village, elle nous invite à passer la nuit sur place. Nous débarquons dans ce village à quelques kilomètres de piste du goudron principale. Shannon doit développer un jardin et des techniques agricoles pour les paysans. Il y a décidément un grande présence Américaine en Casamance, environ 200 PeaceCorps en contrat d’un ou deux ans au Sénégal. Le QG PeaceCorp de la région est à Kolda. Shannon a une petite case et cour/wc/douche pour elle. Nous plantons nos tentes à l’entrée du village sous le manguier. Rencontre du chef qui parle bien français et nous invite à rester un jour de plus pour visiter le village et les jardins. Les nombreux enfants nous apportent sans cesse des mangues, c’est une vrai cure que nous commençons ! Nous jouons avec les enfants et sortons balles de jonglage et petits instruments de musiques qui circulent de mains en mains et de bouches en sourires ! Nous somme reçu avec les honneurs et avons droit au petit déjeuner pain café et repas riz graisse (le riz est réservé au grandes occasions, le repas traditionnel est le Tô (semoule de mil ) sauce « oseille » ou «  feuille de bissap » ). Le mieux dans ces villages c’est d’apporter du thé et du sucre en guise de cadeau d’arrivée. Graissage du pédalier d’un villageois, ici les vélos roulent, c’est le principal, il ne reste souvent que l’axe des pédales et on freine avec les tongs si on en a! Visite des jardins avant la nuit, on va puiser l’eau dans le puits du lit de la rivière.
Sur le chemin du retour, escale sous le manguier géant pour une pêche aux mangues !
On échange longuement avec le chef du village autour du thé et des cacahuètes qui craquent sous les doigts.

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Nous jetons nos roues sur le bitume, destination fleuve ! La végétation luxuriante laisse place à la brousse et nous commençons à chercher l’ombre. Nous quittons la route principale et nous engageons sur une piste ou je tord mon axe… ( bon j’ai un peu forcé avec un Hypercracker pour retirer la cassette en pédalant avec le vélo chargé…) Heureusement Yves sort un axe de ses sacoches, comme par magie… C’est repartit. La piste est défoncée mais reste bien roulante pour les vélos. L’idée est de traverser le Parc Nationnal du Niokolo Koba par son entrée Sud Ouest et en ressortir par le Pays Bassari et continuer sur Kédougou pour atteindre le Mali.
Nous tentons notre chance le matin, il est interdit de passer dans le parc en vélo, quelqu’un nous dis qu’il peut trouver une voiture pour traverser pour 50 000 Fcfa ( 75 euros ), c’est très cher, mais finalement la route est soit disant barré par un fossé infranchissable en voiture. Il y a surtout une base militaire à Dalaba dans le parc.

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On remonte par Medina Gounas et retrouvons la route principale pour nous arrêter à Gouloumbou ou le fleuve Gambie passe !!! Nous trouvons un bon spot à coté du Fleuve derrière le village et nous restons ici quelques jours à profiter des baignades dans la Gambie, jouer avec les enfants, discuter avec les lessiveuses et pécheurs, observer le défilé des femmes et enfants, ânes, vaches, oiseaux. On est prévenu « Attention à l’hippopotame » il a fait une vingtaine de morts l’an passé. On a le temps de le voir venir et de toute façon on ne le verra pas. L’hippopotame est l’animal le plus dangereux pour l’homme dans le monde. Notre route croise celle de singes et d’oiseaux magnifiques, mais rien de bien méchant, les animaux craignent l’homme et ils ont raison ! De plus lors de la saison sèche ils ne sortent qu’à l’aube.

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Le lendemain nous tentons notre chance pour entrer au Niokolo Koba par Dienoudiala, nous passons presque inaperçu au poste d’entrée, mais le garde nous voit finalement ! Ca va il est sympa et nous aide à trouver un véhicule pour franchir le parc, à peine 30 minutes et nous sommes à bord d’un pick up qui nous dépose directement à Koudougou. La route du parc est défoncée et ne présente pas vraiment d’intérêts, pas si mal de l’avoir fait en caisse, ça change et nous fait faire un saut de puce. Petit marché à Kédougou, tiep bou dien (riz au poisson) et c’est reparti. La région est aurifère et le sol est ferreux, nous nous en apercevons le soir, après une baignade dans une eau saumâtre et chaude, la nuit que nous passons est la plus suante de notre périple. Le sol ferreux a emmagasiné toute la chaleur du soleil et la restitue durant la nuit. C’est le moment ou mon matelas de sol me lâche, il se décolle en créant une bulle d’air au niveau de la tête… Manquait plus que ça, je suis désormais à même le sol et je boue toute la nuit… La journée suivante atteint les 46 degrés, nous dépassons Saraya, une ville qui ressemble à un bidonville géant, les trous de la toiture des cabanes sont comblés par de la bâche plastique. Ici les orpailleurs tentent leur chance. Il y a beaucoup de vendeurs à vélo, qui portent le plus souvent de la camelote chinoise ou des produit de beauté qu’ils vendent dans les villages, certain parcourent plus de cinquante kilomètres par jour sur des vélos… qui roulent !

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Nous franchissons le fleuve Niger qui marque la frontière avec le Mali, et sommes désormais en pays Mandingue, c’est complètement dingue !

Les reliefs que nous trouvions avant de franchir la frontière sont plus accentués ici et nous gratifient de belle vue et d’un horizon comportant quelques jolis monticules.

A notre surprise la piste pour Kita et Bamako depuis Kénieba est une route goudronnée construite par la France en 2012 ! Toute neuve, nous sommes surement les premiers « toubabou » à vélo que croisent les locaux depuis quelques temps. Certains regards sont méfiants, d’autres inquiets, on lit l’incompréhension et l’étonnement, mais de manière général on arrive à communiquer. Ici il faut tout reprendre à zéro, c’est soit Bambara soit Malinké pour la langue! Nous retrouvons les manguiers et leurs fruits ! L’accès à l’eau semble étonnement plus développé qu’en Casamance où il n’y avait que des puits, là on trouve beaucoup de pompe à eau, l’occasion de discuter en faisant le plein d’eau !

Quelques Guinéens viennent au Mali pour proposer leurs services de construction de cases en paille. La région est très aurifère et il y a plein de carrières d’extractions et d’exploitation étrangère, il serait, m’a-ton dit, plus facile d’exploiter au Mali qu’au Sénégal.

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Nous commençons à nous habituer au climat et faisons une pause au bord du fleuve Bafing, il est profond et plus rafraichissant que précédemment, le pont du Bafing est un édifice Chinois. Yves se fait missionner pour remplir l’eau dans les bidons que lui donnent les femmes. Il est devenu le lutin blanc du fleuve qui vit dans l’eau ! Les enfants sont comme toujours omniprésent et il s’amuse à répéter ce que je dis en français, alors je chante et il répètent ! Ici les gamins s’amusent d’un rien et la flute les occupe pour un petit moment, tanpis pour la sieste !

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Sur la route nous acceptons de boire le thé avec un ancien professeur, il nous explique qu’il faut ramener un détecteur de métaux pour trouver les 7 kg d’or que la famille de son ami à enterré quelque part… Nous rigolons bien et prenons la route jusqu’à la prochaine rivière. L’eau est bonne et nous restons la journée suivante. En début d’après midi, débarque une trentaine de personnes et une vingtaines de poulets et 3 moutons pour un rituel de sacrifice afin de calmer le diable de la rivière. Le marabout est une femme est elle parle au diable avec toutes les femmes autour d’elle qui sont recouverte d’un voile blanc. Cela dure une bonne moitié de l’après midi et le sacrifice suit, on égorge les animaux au bord de la rivière pour donner le sang au diable… Les personnes viennent de tout le Mali pour ce rituel qui à lieu une fois par an, c’est le 1er jour, demain ils iront voir le diable de la montagne et après demain ce sera dans la maison et puis une soirée aura lieu et tout le monde retournera chez lui. Pour participer à ces 3 jours de sacrifices les femmes ont du débourser une somme totale de 4 millions de Francs cfa soit 6000 euros !!! Quand on sait que le pain à 100 Fcfa (0,17 euros) reste un luxe dans de nombreux villages au Mali, on prends conscience de l’écart de richesse énorme. Le Mali détient or, pétrole et diamants. Je retrouve à Bamako une journaliste qui a participé à ce rituel et m’explique qu’elle fait des rêves prémonitoires et voit le fantôme de sa mère et que c’est pour se débarrasser de ce don qu’elle participe à se sacrifice pour calmer le diable qui est en elle.

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Cette journaliste sait des choses sur l’actualité brulante au Mali. Il y a eu un accord de fait avec les 3 groupes terroristes qui ont été repoussés par l’armée française dans les contreforts des trois régions du Nord Mali. il y a des événements violents chaque jour et je vois mes envies de faire un tour près de Ségou et Mopti s’amoindrir…

Nous arrivons finalement à Kati puis Bamako où nous retrouvons le Niger.
Le temps pour nous de profiter du confort occidental, ventilateur, piscine, frigo, matelas !

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Merci à Benoit pour son accueil réparateur à Bamako !
Visa Burkinabé en poche !